Les changements climatiques aggravent le risque de déscolarisation

Publié dans Éducation

Aide et Action : Quel impact direct les changements climatiques auront-ils sur le secteur éducatif et la déscolarisation des enfants ?

Les impacts du changement climatique sur l’éducation sont de nature très diverse. Il entraînera tout d’abord une augmentation des catastrophes naturelles. Or celles-ci ont un impact sur les infrastructures scolaires. En septembre 2011 par exemple, suite aux inondations qui ont frappé le Cambodge, ce sont 1 000 salles de classe qui ont du être fermées. Quand celles-ci ont pu être ré-ouvertes quelques semaines plus tard, une partie seulement des enfants a été scolarisée de nouveau : les autres ont définitivement décroché du système scolaire.

Autre exemple : l’alimentation. Le changement climatique détériore les écosystèmes et augmente le nombre des épisodes de sécheresse et d’inondation. La provision de nourriture et les rendements agricoles en sont particulièrement affectés. Cela se répercute par exemple sur les prix de l’alimentation, notamment des céréales de base comme le riz ou le blé. Face à une baisse de leur pouvoir d’achat et une hausse des prix alimentaires, les populations les plus vulnérables doivent diminuer leurs dépenses (notamment celles liées à l’éducation) et diversifier leurs sources de revenus (notamment en recourant au travail des enfants).

Le changement climatique a également de graves conséquences sur la santé des enfants : les enfants ont moins de temps pour étudier, plus de trajets à parcourir et sont davantage soumis au risque d’exclusion éducative. Les changements climatiques risquent également de rendre plus compliqué le financement de l’éducation dans les pays les plus vulnérables. Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est que les pays les plus sensibles au changement climatique se trouvent en Asie et en Afrique subsaharienne. Or, c’est dans ces deux régions que l’on compte aujourd’hui le plus d’enfants privés d’éducation …

Le changement climatique s’accélère à une vitesse vertigineuse, pourtant il n’est quasiment pas pris en compte dans les politiques éducatives. Or, aujourd’hui il est nécessaire de prendre en compte et de pallier les impacts du changement climatique sur l’éducation, et faire de l’éducation un levier pour atténuer le changement climatique et permettre aux populations de s’y adapter.

AeA : quelle est aujourd’hui la priorité pour lutter contre cette nouvelle menace de déscolarisation ?

Il faut comprendre et analyser la manière dont le changement climatique interagit avec d’autres problématiques – notamment la crise économique – pour provoquer des conséquences en cascade sur l’accès à l’éducation. C’est l’objet du rapport Coup de chaud sur l’éducation que nous publions aujourd’hui. Cette étape est fondamentale pour pouvoir anticiper et intégrer les conséquences du changement climatique dans les plans nationaux d’éducation. Par exemple, il peut s’agir de réhabiliter les écoles qui ne sont pas construites en respectant des normes pour résister à des événements climatiques extrêmes. Madagascar est régulièrement frappée par des tempêtes et des cyclones, et pourtant, seules 30% des écoles sont aux normes anticycloniques ! Des solutions très simples, rapides et peu chères peuvent mises en œuvre : par exemple, dans les zones régulièrement inondées, surélever les classes peut suffire. Les enfants sont particulièrement aptes à identifier les solutions aux problèmes qui les concernent. En Inde, face aux risques d’inondation, ils proposent tout simplement d’apprendre à nager. Cela semble simple, mais personne n’y avait songé !
Il peut aussi s’agir de soutenir l’accès à l’éducation pendant les événements climatiques extrêmes. Par exemple, en mettant en place des systèmes de prise en charge momentané des frais liés à l’éducation. Voire d’encourager les familles à maintenir les enfants à l’école en développant des mesures incitatives : les programmes qui fournissent de la nourriture à l’ensemble de la famille en contrepartie de la scolarisation des enfants donnent des résultats encourageants dans plusieurs pays et pourraient être, en tenant compte des spécificités, développés dans d’autres pays.

AEA: Et sur le long-terme ?

Une fois l’accès à l’éducation garantit, il sera nécessaire de préserver les conditions d’apprentissage des enfants. L’enjeu est de maintenir la demande d’éducation, c’est-à-dire rendre l’école attractive pour les familles, de manière à ce que les parents soient moins enclins à déscolariser les enfants. C’est par exemple ce que soutient Aide et Action avec la mise en place des jardins maraîchers au Niger, avec un objectif double : apporter une nourriture d’appoint aux enfants, mais aussi sensibiliser les communautés à la culture de semences plus adaptées aux nouvelles conditions climatiques ou permettant de diversifier les cultures. Enfin, il est aussi essentiel de cibler les actions sur les femmes pour soutenir leurs revenus. Pour deux raisons : d’une part, parce qu’une augmentation de celui-ci profite directement à la santé et à l’éducation des enfants. Mais aussi parce que le changement climatique impacte plus fortement les femmes en les obligeant à développer, en plus de la petite production agricole familiale qu’elles assurent déjà, des activités productives qui augmentent encore leur charge de travail et les amène parfois à déscolariser les enfants les plus âgés pour que ces derniers les aident à faire vivre la famille.

AeA : Dans le rapport « Coup de Chaud sur l’Education », vous ne donnez pas seulement des mesures pour atténuer les effets du changement climatique, vous avancez également que l’éducation reste la meilleure solution pour favoriser l’adaptation des populations à ces changements ?

Cela reste un défi énorme : si tous les plans nationaux de gestion des risques, ou d’atténuation et d’adaptation au changement climatique insistent sur la nécessité d’éducation, d’information et de formation, concrètement, peu de choses sont mises en place. Notre feuille de route sur ce sujet doit comporter deux points fondamentaux et complémentaires : faire en sorte que l’éducation soit considérée comme une stratégie de première intention pour atténuer et s’adapter au changement climatique, et faire des populations – et notamment des enfants qui sont particulièrement optimistes, créatifs et volontaires – les principaux acteurs du changement.

C’est dans cette perspective qu’Aide et Action a développé à la frontière entre Haïti et la République dominicaine un projet d’amélioration de la gestion des ressources forestières par les communautés. C’est aussi le fondement du projet d’éducation à l’environnement conduit dans les écoles maternelles de la province de Khan Hoa au Vietnam, qui a pour objectif de promouvoir des comportements permettant d’une part de préserver l’environnement, mais aussi de favoriser la résilience des populations, c’est-à-dire leurs capacités à anticiper, se préparer, faire face et répondre aux événements climatiques extrêmes. Des contenus d’enseignement appropriés sont par exemple inclus dans les curricula, ce qui est primordial lorsque l’on sait qu’une partie de la population attribue les phénomènes climatiques comme les inondations ou les tempêtes à une origine divine. Mais cela concerne également l’identification, par les communautés, des risques et des moyens de les réduire et de les prendre en charge.