Education et santé : même combat

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A l’occasion de la Journée Mondiale de la Santé (7 avril), Aide et Action revient sur l’apport essentiel du secteur éducatif à la promotion d’une meilleure santé et du bien-être de tous et appelle au rapprochement des actions éducation et santé dans le cadre de projet de développement, notamment ceux menés en situation de crise.

Proposer aux enfants un petit déjeuner dès leur arrivée à l’école le matin est une pratique courante des projets éducatifs menés par Aide et Action dans de nombreux pays en développement. Non seulement, elle garantit aux plus jeunes un repas par jour, mais elle permet en plus une première sensibilisation aux bonnes règles de la nutrition, évite les risques de malnutrition et permet aux enfants de davantage se concentrer pour suivre les cours à l’école. La pratique fait d’ailleurs des émules aujourd’hui puisque la France a annoncé vouloir instaurer cette mesure dans de nombreuses écoles pour les familles les plus fragiles. Aucun hasard là-dedans ! Comment en effet apprendre, travailler et étudier avec le ventre vide, lorsqu’on est malnutris ou malade ? Impossible! Et en effet, preuve a été faite qu’assurer les besoins essentiels en santé était une impérieuse nécessité avant de pouvoir envisager toute action éducative efficiente et performante[1].

Être en bonne santé pour bien apprendre  et apprendre pour être en bonne santé !

Mais les relations de cause à effet entre l’éducation et la santé ne s’arrêtent pas là. Aller à l’école, c’est apprendre les connaissances nécessaires à une bonne nutrition, savoir comment prévenir les maladies et reconnaître certaines pathologies. Preuve a ainsi été faite qu’un enfant dont la mère sait lire a deux fois plus de chances de vivre au-delà de l’âge de 5 ans, 50 % de chances de plus d’être vacciné, et est 2 fois plus susceptible d’être scolarisé[2].

Avec les années d’étude, on sait ainsi mieux se nourrir, quel comportement adopter pour ne pas tomber malade, quand se soigner,  quels médicaments prendre et surtout comment les prendre puisque l’on sait lire et comprendre les posologies. Des parents instruits sont ainsi mieux à même de prendre soin de leurs familles et de transmettre les bons gestes à leurs enfants. Ainsi les femmes ayant suivi des études au delà du primaire ont 5 fois plus de chances d’avoir des connaissances sur le VIH et le sida[3].En ce sens, l’éducation fait office d’intervention sanitaire et est un réel facteur de développement puisqu’elle offre aux citoyens de demain les connaissances et attitudes pour mener une vie en bonne santé. Cela se révèle particulièrement important en situation de crise, comme l’a récemment montré la pandémie de la COVID-19.

Education et santé : une action coordonnée nécessaire en temps de crise

La rupture éducative entraînée par la fermeture soudaine des établissements scolaires suite à la pandémie de la COVID-19 a eu un impact brutal sur les enfants et les jeunes. Ils n’ont pas seulement perdu du jour au lendemain l’accès aux savoirs et à la connaissance, ils ont également perdu le seul repas chaud qu’ils avaient par jour, l’accès aux check-up médicaux, au suivi nutritionnel, à des programmes de vaccination… Dès les prémices de la crise, les ONGs spécialisées en éducation ont donc immédiatement compris l’importance de rétablir l’accès de tous aux services de santé et de nutrition avant d’envisager une activité pédagogique quelconque.

Dans le cadre de sa riposte à la COVID-19, Aide et Action a adopté une approche intégrée et multisectorielle, agissant simultanément sur tous les besoins des populations afin de garantir in fine une continuité pédagogique. Elles a notamment développé, par exemple au Vietnam, des actions en matière d’Eau, Assainissement et Hygiène, tant il est apparu incontournable et nécessaire, pour des raisons sanitaires évidentes, de faire en sorte que les populations puissent accéder à une sensibilisation à la dangerosité du virus et à l’importance des gestes barrières, à des installations de lavage des mains fixes et mobiles, à des produits nettoyants à base de savon ou d’alcool et à un approvisionnement fiable en eau. Elle a également plus largement fourni, au Cambodge par exemple, un appui global en matière d’aide alimentaire, de suivi nutritionnel, d’appui à la reprise des soins de santé primaire et  de vaccination.

Notre action coordonnée en Asie du Sud face à la COVID-19

En Inde, au Népal et au Sri Lanka, Aide et Action s’est employée à rétablir le plus vite possible l’accès aux services essentiels en sensibilisant les populations aux gestes barrières et aux mesures de distanciation sociale, en distribuant des kits sanitaires, nutritionnels et d’hygiène menstruel… Le projet comportait également  un volet de protection psycho-sociale important destiné notamment aux plus vulnérables. Le soutien psychologique apporté principalement par téléphone à plus de 6518 personnes a aidé les personnes  en situation de traumatisme et a prévenu de nombreuses tentatives de suicide.  Les résultats du projet en Inde prouvent l’importance et l’efficacité de cette approche intersectorielle : 380 000 personnes ont été sensibilisées aux gestes barrières, 6615 personnes ont reçu un soutien psychosocial, plus de 197 943 personnes en situation de migration interne ont reçu de la nourriture et 96 647 personnes ont reçu des kits d’hygiène. Dans de nombreux centres de formation professionnelle et d’écoles accompagnés par Aide et Action, l’accès aux soins et à la nutrition ont permis de prévenir le décrochage scolaire et de garantir la reprise de l’activité pédagogique pour les populations les plus vulnérables, notamment les filles. De tels résultats prouvent à quel point les liens entre l’éducation et la santé doivent aujourd’hui être renforcés. La récente crise de la COVID-19 démontre tous les bénéfices d’une approche complémentaire éducation- santé et la nécessité d’une action coordonnée de tous les secteurs pour garantir aux populations l’accès aux droits les plus essentiels.

[1] Les recherches montrent que les problèmes de santé les plus courants chez les enfants en âge scolaire tels que le paludisme, la malnutrition, les vers intestinaux et l’anémie, peuvent réduire leur quotient intellectuel (QI) de 3,7 à 6 points.., Optimizing Education Outcomes: High-Return Investments in School Health for Increased Participation and Learning , p. 133

[2] The Learning Generation, p. 99

[3] UNICEF, The Education Vaccine Against HIV, p. 9