Cambodge : Des enfants menacés d’exploitation pendant les fermetures d’écoles

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Au Cambodge, la pandémie de COVID-19 a accru le travail domestique des enfants, et alors que les fermetures prolongées d’écoles se poursuivent, la nécessité de trouver des emplois en dehors du foyer augmente encore les risques d’exploitation des enfants.

À Poipet, dans le nord-ouest du Cambodge, Seiha*, 17 ans, avait hâte de retourner à l’école lorsque celle-ci a rouvert après six mois de fermeture. En raison de la perte de moyens de subsistance pendant la pandémie de COVID-19, sa famille a sombré dans la pauvreté et n’avait donc pas les moyens de lui donner accès à l’apprentissage en ligne et son environnement de classe lui manquait cruellement.

Malgré la réouverture des classes à la fin de l’année dernière en raison des mesures de prévention, le bus scolaire de Seiha n’a jamais repris son trajet et elle n’avait aucun moyen de se rendre à l’école puisque sa famille ne pouvait pas se permettre de prendre en charge les 2,50 $ par jour qu’il en coûterait pour le transport privé. « Chaque jour, mes amis et moi prions pour que les autorités autorisent le bus à circuler parce que l’école nous manque tellement, témoigne Seiha. Mon école, mes cours et mes professeurs me manquent. »

Des familles de plus en plus pauvres

Malheureusement, l’histoire de Seiha n’est pas unique. Dans une enquête menée par Save The Children au Cambodge en 2020, plus des deux tiers des ménages (67 %) interrogés ont déclaré avoir perdu leurs revenus, dont près de la moitié (44 %) ont déclaré avoir perdu plus de la moitié de leurs revenus.

Lorsque les écoles ont fermé à nouveau en mars 2021 (et le sont toujours au moment de la rédaction), la pression a commencé à peser sur Seiha qui a voulu commencer à gagner un revenu à temps plein. Récemment, elle a quitté la ville pour aller travailler dans une ferme de noix de cajou et subvenir aux besoins de sa famille. Elle ne sait pas quand ni si elle retournera dans son école en ville.

Seiha fait partie des 3,2 millions d’étudiants à travers le Cambodge qui ont connu 96 jours de fermeture d’écoles en 2020, ce qui, selon le PNUD, a entraîné une baisse de 4% du développement humain, soit l’équivalent de la suppression des progrès réalisés au cours des quatre dernières années. Cela vient donc défaire les acquis en matière de réduction de la pauvreté et d’amélioration de l’accès à l’éducation.

Évaluer les risques

Pour comprendre les besoins des étudiants cambodgiens pendant la pandémie, le ministère de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports et le Groupe de travail du secteur de l’éducation ont entrepris une évaluation complète du secteur. L’évaluation a révélé que les filles et les garçons courent un risque accru pendant les fermetures d’écoles, une proportion notable des deux groupes (17 % et 23 % respectivement) ayant déclaré être confrontés à des violences, abus ou exploitation supplémentaires.

Plus de la moitié des répondants (61%) de l’évaluation ont déclaré que les enfants devaient contribuer davantage aux tâches ménagères depuis la pandémie et un petit nombre a déclaré que les enfants travaillaient à temps plein (6 %) ou à temps partiel (4 %) depuis la fermeture des écoles. Il a été constaté que les élèves qui ont déjà abandonné l’école ou qui ont déclaré être à risque élevé de décrochage ont davantage commencé à travailler ou ont augmenté leur contribution aux tâches ménagères par rapport aux élèves qui ont déclaré un risque faible ou nul de décrocher.

Alors que Seiha est presque considérée comme une adulte maintenant, son niveau d’éducation (classe de sixième) est faible pour son âge et le fait d’interrompre sa scolarité maintenant limiterait grandement ses chances de trouver un emploi rémunérateur à l’avenir ainsi que ses possibilités de briser le cycle de la pauvreté dans lequel sa famille se trouve.

 Perte d’apprentissage

Avec des tâches domestiques supplémentaires, les enfants cambodgiens n’ont pas accès aux mesures d’enseignement à distance mises en place pendant les fermetures d’écoles, et courent le risque de perdre leur apprentissage en oubliant ce qu’ils ont appris en classe. Un risque à propos duquel les enseignants expriment également des inquiétudes.

Chom Srey Touch, professeure de couture au centre d’éducation de l’ONG locale Damnok Toek à Poipet, a vu sa classe fermée pendant environ 11 mois depuis que la crise a commencé en mars 2020. Alors que les fermetures se poursuivent, elle craint que ses élèves adolescents ne reviennent pas.

« Je pense que les fermetures ont un impact considérable sur les étudiants – le manque de pratique et d’instruction leur fait oublier ce qu’ils ont appris, explique-t-elle. Si les fermetures continuent, j’ai peur qu’ils trouvent du travail à faire et ne retournent jamais à l’école. »

 Priorité à la continuité de l’éducation

Aide et Action, à la tête du Consortium pour les enfants non scolarisés, en partenariat avec Educate A Child (EAC), un programme mondial de la Fondation Education Above All, s’engage à assurer la continuité de l’éducation pendant les fermetures d’écoles.

Depuis mars 2020, l’ONG Damnok Toek a vu 61 élèves (18 %) abandonner leurs études. Parmi eux, la moitié a quitté la ville avec leurs parents à la recherche de travail à la campagne car leurs familles n’avaient plus les moyens de payer leur loyer. L’autre moitié a trouvé du travail pendant les fermetures d’écoles et n’a plus pu trouver le temps d’étudier.

Pour les étudiants comme Seiha qui ont abandonné ou risquent d’abandonner, nous travaillerons avec des partenaires locaux comme Damnok Toek pour comprendre les besoins des étudiants et soutenir les options d’éducation non formelle quand l’école formelle n’est pas réaliste.

Alors que nous célébrons la Journée mondiale contre le travail des enfants le 12 juin 2021, nous exhortons nos collègues, nos partenaires et les décideurs de nos pays à continuer d’évaluer les besoins des enfants pendant la pandémie et à collaborer pour fournir des solutions efficaces qui ne laissent aucun enfant de côté.

*Les noms des enfants de moins de 18 ans ont été modifiés