Au Sénégal, les familles annoncent les naissances par SMS

La Tribune de Genève revient sur le projet de « déclaration des naissances par téléphone portable », mené par Aide et Action dans des régions isolées du Sénégal. Par Sandra Joly, Journaliste à la TDG

Voilà une belle initiative réalisée par l’ONG (organisation non gouvernementale) Aide et Action: la possibilité pour 70 000 personnes de Casamance de déclarer des naissances, grâce à une application sécurisée, par téléphone mobile. Un programme si efficace qu’il va être étendu à tout le pays et à certains de ses alentours. En outre, l’EPFL (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne) a décidé de le retenir et de le mettre en avant. Explications.

Le portable sert déjà à prendre des photos, à écouter de la musique ou à regarder des films. Il sert désormais à déclarer des naissances. C’est le cas, notamment, au Sénégal, où des villages éloignés informent le Centre d’état civil des naissances grâce à cette nouvelle technologie.

Accès à l’éducation

Ce programme, développé par Aide et action, permet aux plus jeunes d’acquérir des papiers d’identité, véritable clé pour entrer à l’école, donc pour accéder à l’éducation. Ce sésame est encore bien difficile à obtenir en terre sénégalaise, où déclarer une naissance ne fait pas partie des réflexes de la population.

Conséquence: bon nombre d’enfants sont refusés à l’entrée au Collège. Commencent alors de multiples – et parfois vaines – démarches pour les familles, directeurs d’école et ONG qui souhaitent régulariser la situation de ces enfants. Pour pallier de tels casse-tête, Aide et action a imaginé une méthode innovante pour que chaque enfant possède un acte d’état civil et, ainsi, un accès aux services publics de base.

Le portable sert de relais

Dans la région de Kolda, c’est désormais le portable qui sert de relais entre les villages éloignés et l’état civil. La technique a fait ses preuves puisque huit naissances ont été déclarées dans le village de Dioulacolon au cours des deux derniers mois contre huit au total en 2010. Un succès. «Le projet a été très bien accueilli par la population, précise Yaya Kandé, assistant du chef de ce village. Nous avons reçu un portable et une formation par l’équipe d’Aide et action, puis nous avons eu une semaine pour le tester.» Ce dispositif fait des émules et va être étendu en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Bénin, au Niger, au Togo et en Guinée-Conakry. A travers ce projet, Aide et action démontre comment un usage adapté des technologies permet de répondre aux Objectifs du millénaire pour le développement de 2015.

Dernière sélection

Sélectionnée parmi quatre cents autres projets comme un des plus innovants par la chaire Unesco de l’EPFL, cette application technologique a été présentée, parmi 94 sélectionnés, mardi 29 mai dernier, justement à l’EPFL. «Notre programme a été présenté, notamment dans des ateliers de travail, explique Agnès Pfister, chargée de communication à Aide et action. »Reste maintenant à voir si nous entrerons dans la dernière sélection des programmes récompensés. Les dix meilleures présentations de cette conférence seront publiées dans un livre édité par Springer-Verlag.» C’est tout ce que nous leur souhaitons!