Aïcha Bah Diallo, une femme d’exception

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« Une femme ne doit pas se préoccuper de ce qu’on peut penser d’elle »

À l’occasion de la Journée internationale de la femme, célébrée le 8 mars, nous avons donné la parole à la présidente internationale d’Aide et Action, Aïcha Bah Diallo. Figure reconnue dans les domaines de l’éducation pour tous, tout au long de la vie, en particulier celle des filles, et de la lutte pour les droits des femmes, elle représente aujourd’hui un modèle féminin en Afrique.

« Je suis née à Kouroussa, en Haute-Guinée. Je suis arrivée après trois garçons, donc j’ai tout de suite été accueillie comme le « bébé chéri » par mes parents. Dès mon plus jeune âge, ils m’ont encouragée et ont toujours cru en moi ; mon père en particulier. Il voulait non seulement que j’aille à l’école, mais surtout que je sois la première de la classe. C’est pour lui faire plaisir que j’ai toujours voulu être la meilleure dans ce que je faisais.

Dans les années soixante, très peu de filles faisaient de grandes études en Guinée mais selon moi, tout repose sur les parents et sur les attentes qu’ils placent en leurs enfants. S’ils sont éduqués, ou s’ils ont conscience de l’importance de l’éducation, il n’y aura pas de problème. Le fait que je sois une fille n’a rien changé à la façon dont j’ai été élevée, mes frères et moi sommes tous allés à l’université, sur un pied d’égalité.


Entre chance et franc-parler

J’ai également pratiqué le basket, le volley et le bowling quand j’étais jeune. Je me rendais à mes cours de sport en short, je conduisais une mobylette et je portais des blue-jeans, sans jamais me soucier des règles de bonne conduite. Une femme ne doit pas se préoccuper de ce qu’on peut penser d’elle. Je ne sais pas si j’ai eu de la chance ou si c’est mon franc-parler qui m’a permis de ne jamais rencontrer de problème, mais finalement tout le monde acceptait ma façon d’être.

J’ai passé mon bac et j’ai continué mes études aux Etats-Unis, avant de revenir à Conakry pour être professeure de Chimie et proviseure du lycée. J’ai adoré mes années d’enseignement. Tant qu’on travaille avec la jeunesse, on reste jeune et on continue à apprendre ! Ensuite, grâce à des hasards heureux et aux relations que j’ai tissées au fil de mes différentes expériences, je suis entrée au gouvernement. Je n’étais pas forcément ‟experteʺ mais j’ai beaucoup appris et j’ai fait mes preuves sur le terrain. Pourtant, quand j’ai été nommée en tant que ministre de l’éducation, en 1989, j’ai vraiment été surprise, je n’aurais jamais pu imaginer ça !

Ma volonté a été de construire une politique éducative solide et durable. Afin d’être sûre que ce que je mettais en place continuerait même après mon départ, j’ai tenu à renforcer les capacités de toute l’équipe ministérielle. A l’époque, le taux de scolarisation était de 29% et on ne pouvait même pas compter les filles. Les structures étaient insuffisantes et les parents avaient perdu confiance dans l’éducation. J’ai décidé que nous devions mettre l’accent sur l’éducation de base car c’est sur cela que tout repose. Si la fondation d’une maison est solide, alors les étages supérieurs peuvent tenir. Quand j’ai quitté mon poste, sept ans plus tard, près de 60% des enfants étaient scolarisés.


Une fierté bien méritée

Le sujet des filles était aussi très important. En raison des violences dont les filles étaient victimes, elles n’osaient plus venir à l’école. Quand j’étais moi-même lycéenne, j’étais choquée du traitement réservé aux étudiantes enceintes qui étaient licenciées par l’établissement. A ce moment-là, j’avais juré que lorsque je serai ministre, ça n’existerait plus ; j’ai finalement tenu ma promesse. Et aujourd’hui, grâce à moi, plus aucun pays ne procède comme ça en Afrique.

Il est essentiel que l’éducation soit placée au-dessus de la politique, sinon vous ratez le coche. Il ne faut pas tout mélanger. Je crois que c’est pour ça que je me suis faite respectée. Je suis toujours restée droite et fidèle à mes valeurs, quel que soit le contexte. C’est ce que j’ai continué à faire, plus tard, en tant que Directrice de l’éducation de base et sous Directrice Générale pour l’éducation au sein de l’UNESCO et c’est ce que je fais, aujourd’hui, en tant que Présidente internationale d’Aide et Action.

Je suis très fière de mon parcours et je suis surtout très fière de la relation de confiance mutuelle que j’ai réussi à établir avec mes différents interlocuteurs tout au long de mon parcours, que ce soit le président, les syndicats, les enseignants, les autorités religieuses, les parents ou mes élèves. Aujourd’hui, des écoles portent mon nom et j’incarne un certain modèle pour les femmes en Afrique. Le fait d’avoir contribué à la création du Forum des éducatrices africaines (FAWE) est aussi une grande fierté. C’est grâce à notre action que l’éducation des filles et des femmes a été inscrite à l’agenda de tous les pays africains. Même si la situation s’est visiblement améliorée aujourd’hui, nous n’avons pas encore atteint la parité, or, il est essentiel que les mêmes opportunités soient offertes à toutes et à tous ! »

Pour la Journée internationale des femmes, mobilisez-vous avec Aide et Action !
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